Le gouvernement a récemment engagé une concertation discrète sur l’évolution des dispositifs de soutien au chauffage au bois. Si cette démarche n’a pas encore abouti à une décision définitive – une nouvelle phase de concertation étant évoquée, notamment via le Conseil supérieur de l’énergie (CSE) – elle s’inscrit dans un contexte de révisions successives des aides au bois-énergie depuis plusieurs années.
Prise isolément, la mesure envisagée pourrait paraître limitée. Mais replacée dans la chronologie des décisions récentes, elle interroge sur la cohérence et la lisibilité de la politique publique menée à l’égard du bois-énergie.
Rappel des principales évolutions depuis 2023
- Automne 2023 : baisse de 30 % des aides MaPrimeRénov’ pour le chauffage au bois, effective au 1er avril 2024
- 4 décembre 2024 : nouvelle baisse de 30 % des aides MaPrimeRénov’, applicable au 1er janvier 2025
- Août 2025 : division par trois des crédits CEE pour les chaudières bois
- 8 septembre 2025 : annonce de la sortie des chaudières bois de MaPrimeRénov’ par geste individuel à compter du 1er janvier 2026
- Décembre 2025 : le ministre du Logement précise devant des parlementaires que les chaudières bois restent éligibles dans les rénovations globales
- 12 décembre 2025 : annonce d’un texte à venir en 2026 envisageant une exclusion des chaudières bois de la rénovation globale via les CEE
Dans cette trajectoire, la perspective d’une exclusion complète des chaudières bois de la rénovation globale à horizon septembre 2026, après une réduction significative des soutiens en geste individuel, représente une erreur stratégique lourde de conséquences pour la filière et pour les 40 000 professionnels du chauffage au bois, mais aussi pour les ménages et les territoires concernés.
Une incohérence avec les objectifs affichés
Ces évolutions interrogent d’autant plus que les pouvoirs publics continuent d’affirmer l’intérêt du bois-énergie dans le mix énergétique français, au regard de ses atouts en matière de chaleur renouvelable, de souveraineté énergétique et de maîtrise des coûts pour les ménages.
Comme le souligne Mathieu Fleury, président du Comité Interprofessionnel du Bois Énergie :
« À l’heure ou des conflits armés d’ampleur éclatent à nos portes avec très souvent des questions sous-jacentes d’accès aux ressources en eaux, en énergies fossiles ou encore en métaux et terres rares, l’urgence me semble-t-il est bien d’augmenter notre indépendance aussi bien en matériaux de construction et d’ameublement, qu’en énergie durable et renouvelable »
Mathieu Fleury – Président du CIBE – janvier 2026
Dans ce contexte géopolitique et énergétique, la filière s’interroge sur la cohérence d’ensemble des signaux envoyés, alors même que le bois-énergie constitue un levier concret d’indépendance, de résilience territoriale et de pouvoir d’achat.
Un enjeu stratégique pour les territoires et le pouvoir d’achat
Le bois-énergie constitue une solution structurante pour de nombreux territoires, en particulier ruraux, et contribue à la diversification du mix énergétique thermique. La filière appelle à une réévaluation globale de la trajectoire des aides, afin de garantir des choix cohérents avec les objectifs climatiques, industriels et de pouvoir d’achat, et d’éviter des ajustements successifs qui fragilisent durablement les acteurs concernés.